Contrôle de l’inspection du travail : le témoignage d’une gérante de salon
Quatre agents, aucun préavis. Le déroulé complet de la visite, les points vérifiés un par un, et la checklist pour être prêt le jour où ça arrive chez vous.
💬 Témoignage recueilli auprès d’une cliente FRANCE COIFFURE
Une gérante de salon de coiffure, cliente de FRANCE COIFFURE, a accepté de nous raconter le contrôle inopiné dont son salon a fait l’objet. Elle souhaite rester anonyme. Nous publions son récit avec son accord, parce que ce type de retour concret manque cruellement aux gérants de salon.
L’arrivée des agents et la vérification d’identité
Un matin ordinaire, en pleine activité, quatre agents de l’inspection du travail se présentent dans le salon. Aucun rendez-vous, aucun courrier préalable : c’est le principe même du contrôle inopiné.
L’un d’eux présente immédiatement sa carte professionnelle à la gérante. Il lui demande ensuite une pièce d’identité, afin de vérifier qui dirige effectivement l’établissement, avant d’entamer le contrôle.
C’est un réflexe à connaître : un agent de contrôle doit pouvoir justifier de sa qualité. En retour, il est normal qu’il s’assure de l’identité de la personne responsable sur place. Rien d’agressif dans la démarche, mais un cadre formel posé dès les premières minutes.
Première question : l’effectif du salon
La toute première question porte sur le nombre de personnes travaillant dans le salon. La gérante répond quatre salariés. L’agent prend des notes.
Ce n’est pas anodin : l’effectif conditionne une grande partie des obligations de l’employeur — affichage, représentation du personnel, document unique d’évaluation des risques, organisation du travail. C’est le point de départ logique de tout contrôle.
Le tour des locaux : ce que les agents ont vérifié
Le contrôle se poursuit dans l’ensemble du salon. Voici précisément les points examinés :
| Point contrôlé | Ce que l’agent regarde |
|---|---|
| Extincteurs | Présence et date de la dernière vérification |
| Registre de sécurité incendie | Autocollants et dates de passage de la société chargée du contrôle |
| Gants | Disponibilité effective pour les salariés |
| État du salon | Propreté et état général des locaux |
| Produits utilisés | Marques et produits techniques manipulés au quotidien |
| Toilettes | Présence, propreté, état de fonctionnement |
| Coin cuisine et espace de pause | Existence et utilisabilité réelle pour les salariés |
| Affichage obligatoire | Coordonnées de l’inspection du travail et du service de santé au travail |
Le point sur les gants et les produits mérite qu’on s’y arrête. Dans un salon, les salariés manipulent quotidiennement des colorations, des décolorants et des produits techniques. La mise à disposition d’équipements de protection n’est pas un détail de confort : c’est une obligation de sécurité, et elle se vérifie sur place, dans les tiroirs.
La question de la climatisation
Les agents demandent si le salon dispose d’une climatisation. La gérante explique qu’il n’y en a pas actuellement, mais qu’une installation est envisagée, sous réserve des difficultés liées à la copropriété.
La question du confort thermique revient de plus en plus lors des contrôles, en particulier dans les métiers exercés debout, dans des locaux où fonctionnent casques et séchoirs. Pouvoir expliquer où en est le projet, et pourquoi il est bloqué, vaut mieux qu’une réponse évasive.
Congés, plannings et horaires
Le contrôle porte ensuite sur l’organisation des congés. La gérante explique que le salon ferme habituellement sur une période donnée et que les salariés partent tous en vacances à ce moment-là.
Puis l’agent demande à consulter le planning des salariés. Il examine les horaires en détail et prend des photos des plannings affichés, ainsi que plusieurs clichés dans le salon au cours de la visite.
C’est souvent là que le contrôle devient le plus concret. Le planning affiché doit correspondre à la réalité des horaires pratiqués et respecter les durées maximales de travail. Un planning approximatif, raturé ou obsolète attire immédiatement l’attention.
La demande de documents avant le départ
Avant de repartir avec ses collègues, l’agent demande à la gérante de transmettre :
- Les 4 contrats de travail des salariés
- Les fiches de paie des trois derniers mois pour chacun d’eux
Le contrôle ne s’arrête donc pas à la visite : il se poursuit sur pièces. Avoir ses dossiers du personnel à jour et facilement accessibles fait gagner un temps considérable — et évite de transmettre des documents incomplets dans l’urgence.
Ce que fait exactement l’inspection du travail
Pour remettre cette visite dans son contexte, il est utile de rappeler le rôle de l’inspection du travail tel que le décrit la fiche officielle Service Public. Ses missions sont au nombre de quatre :
- Contrôler l’application du droit du travail : santé, sécurité, durée du travail, représentation du personnel, travail illégal.
- Conseiller employeurs et salariés sur leurs droits et obligations.
- Concilier : jouer un rôle de médiateur lors d’un conflit collectif du travail.
- Informer pour faciliter l’accès au droit.
L’inspection dispose aussi d’un pouvoir de décision : dans certaines situations, l’employeur doit obtenir son autorisation avant d’agir — rupture conventionnelle ou licenciement d’un salarié protégé, dérogation aux durées maximales de travail, dérogation à la réglementation du travail des jeunes, transmission du règlement intérieur, mise en place d’horaires individualisés en l’absence de représentant du personnel.
- + La santé et la sécurité au travail
- + La durée du travail et les horaires
- + Le travail illégal et le travail des jeunes
- + Les conflits collectifs (rôle de médiateur)
- – Le calcul ou le paiement d’un salaire
- – Les sanctions disciplinaires
- – Les demandes individuelles de congés
- – Tout litige individuel → conseil de prud’hommes
À retenir : l’employeur peut lui-même contacter l’inspection du travail, notamment pour obtenir un conseil sur une disposition légale ou conventionnelle, ou après avoir fait l’objet d’un contrôle. C’est un interlocuteur, pas seulement un contrôleur.
Toilettes et espace de pause : que dit vraiment la loi ?
C’est la question que se posent beaucoup de gérants après ce type de visite : à partir de combien de salariés ces équipements deviennent-ils obligatoires ? Réponse : les sanitaires le sont dès le premier salarié. Pour la restauration, tout dépend du seuil de 50 salariés.
| Équipement | À partir de | Ce que dit le Code du travail |
|---|---|---|
| Cabinets d’aisance | 1er salarié | Au moins 1 cabinet + 1 urinoir pour 20 hommes, 2 cabinets pour 20 femmes. Séparés si personnel mixte. Nettoyage et désinfection au moins une fois par jour (art. R4228-10 et R4228-13). |
| Lavabos | 1er salarié | 1 lavabo pour 10 travailleurs au plus, eau potable à température réglable, moyens de séchage fournis (art. R4228-7). |
| Emplacement pour se restaurer | 1er salarié (établissements de moins de 50) | L’employeur met à disposition un emplacement permettant de se restaurer dans de bonnes conditions de santé et de sécurité. Pas d’obligation de tables, sièges, frigo ou micro-ondes (art. R4228-23). |
| Local de restauration équipé | 50 salariés | Tables et sièges en nombre suffisant, 1 robinet d’eau potable fraîche et chaude pour 10 usagers, moyen de conservation ou de réfrigération et installation pour réchauffer les plats (art. R4228-22). |
| Manger dans les locaux de travail | — | Interdit par principe (art. R4228-19). Dérogation possible dans les établissements de moins de 50 salariés, après déclaration à l’inspection du travail et au médecin du travail — mais uniquement si l’activité du local ne comporte ni emploi ni stockage de substances ou mélanges dangereux (art. R4228-23). |
⚠️ Le point sensible pour les salons de coiffure
Un salon manipule et stocke des colorations, des décolorants et des produits techniques classés dangereux. La dérogation permettant d’aménager le coin repas dans l’espace de travail est donc, en pratique, très difficile à invoquer. C’est précisément pour cette raison qu’un coin cuisine séparé de la surface de travail est attendu, même dans un salon de 4 salariés — et pourquoi les agents ont pris le temps d’aller le voir.
Mon salon n’a pas de toilettes : que faire ?
C’est une situation que l’on rencontre régulièrement, en particulier à Paris et en Île-de-France : des salons installés dans des immeubles anciens où rien n’avait été prévu, sans évacuation exploitable, parfois avec les seules toilettes de l’immeuble situées sur le palier. La question revient toujours sous la même forme : existe-t-il une dérogation ?
⚠️ La réponse est non : il n’existe aucune dérogation pour un établissement fixe.
Les seules dérogations prévues par le Code du travail concernent les chantiers du bâtiment de moins de 4 mois (art. R4534-137 et suivants) : véhicule de chantier aménagé ou, à défaut, recherche d’un local à proximité offrant des conditions au moins équivalentes. L’ancienneté de l’immeuble, l’absence de colonne d’évacuation ou le refus de la copropriété ne sont pas des causes d’exonération. Il n’existe pas de formulaire de dérogation à déposer auprès de la DRIEETS pour s’affranchir de cette obligation.
Les trois solutions qui fonctionnent en pratique
| Solution | Conditions à respecter | Valeur |
|---|---|---|
| WC dans les parties communes ou sur le palier | Le salon doit en avoir la jouissance permanente, formalisée par le règlement de copropriété ou une résolution d’assemblée générale écrite. Le WC doit être chauffé, aéré, équipé d’une chasse d’eau et de papier, avec un lavabo à eau chaude à proximité, et nettoyé et désinfecté chaque jour par le salon. | Durable si les conditions sont réunies |
| Convention écrite avec un commerce voisin | Accord écrit, daté et signé avec le commerçant voisin (café, centre commercial, galerie), précisant les horaires d’accès. Aucun fondement légal explicite n’existe pour un établissement fixe : c’est la logique retenue par le Code pour les chantiers. | Transitoire uniquement |
| Installation d’un WC broyeur | La vraie solution en l’absence d’évacuation gravitaire. En copropriété, tout raccordement touchant une partie commune (colonne d’évacuation, percement d’un mur porteur) suppose un vote en assemblée générale. | Mise en conformité définitive |
🚪 Le piège que presque tout le monde oublie
L’article R4228-11 interdit que les cabinets d’aisance communiquent directement avec les locaux fermés où les travailleurs sont appelés à séjourner. Autrement dit : un WC dont la porte s’ouvre en plein sur la surface de coupe est non conforme, même s’il existe et qu’il est impeccable. Il faut un sas ou une antichambre.
Que se passe-t-il si l’agent constate l’absence de sanitaires ?
Avant de dresser procès-verbal, l’agent de contrôle met l’employeur en demeure de se conformer à la réglementation (art. L4721-4), en lui laissant un délai. C’est à ce moment-là que tout se joue.
- + Un devis de plombier daté
- + Un PV d’assemblée générale de copropriété
- + Un calendrier de travaux écrit
- + Une solution provisoire formalisée
- – « L’immeuble est ancien »
- – « La copropriété refuse »
- – « C’était comme ça quand j’ai repris le salon »
- – Une intention non documentée
L’absence de sanitaires reste une infraction pénalement sanctionnée. Notre conseil : si votre salon est dans cette situation, ne pas attendre le contrôle. En Île-de-France, l’interlocuteur est l’unité départementale de la DRIEETS. Un employeur a parfaitement le droit de la saisir lui-même pour exposer sa contrainte technique et faire acter sa démarche — c’est même l’une des missions de l’inspection du travail que de conseiller les employeurs.
Un dossier ouvert de votre propre initiative, avec des devis et un calendrier, ne se traite pas du tout comme une non-conformité découverte au détour d’une visite inopinée.
Checklist : être prêt pour un contrôle dans votre salon
À partir de ce témoignage, voici les huit points à vérifier dès maintenant, sans attendre la visite :
| À vérifier | Ce qu’il faut avoir |
|---|---|
| 1. Sécurité incendie | Extincteurs contrôlés, dates à jour, registre complet et rangé à un endroit connu de tous |
| 2. Équipements de protection | Gants en quantité suffisante et accessibles, pour toute personne manipulant des produits techniques |
| 3. Affichage obligatoire | Coordonnées de l’inspection et nom de l’agent, service de santé au travail, horaires collectifs, convention collective |
| 4. Locaux sociaux | Toilettes propres, nettoyées quotidiennement, séparées si personnel mixte ; lavabo à eau chaude ; emplacement pour se restaurer hors de la surface de travail |
| 5. Plannings | Affichés, lisibles, à jour et cohérents avec les horaires réellement pratiqués |
| 6. Dossiers du personnel | Contrats signés et bulletins de paie classés, prêts à être transmis rapidement |
| 7. Congés | Période de fermeture et prise de congés formalisées, pas seulement convenues à l’oral |
| 8. Confort de travail | Température, ventilation, aération : savoir où en sont vos projets et vos contraintes |
Ce que ce témoignage nous apprend
Un contrôle de l’inspection du travail n’est pas une sanction. C’est une vérification, et elle se passe d’autant mieux que l’on répond avec transparence. Dans le cas de notre cliente, la visite s’est déroulée calmement : les agents ont posé leurs questions, regardé, photographié, noté, puis demandé des pièces complémentaires.
Ce qui fait la différence, c’est l’anticipation. La plupart des points contrôlés — extincteurs, registre, gants, affichage, plannings — se préparent en une demi-journée et restent valables toute l’année. Prenez ce temps maintenant : le jour où quatre agents poussent la porte de votre salon, vous serez soulagé de l’avoir fait.
FAQ – Contrôle de l’inspection du travail
Sources officielles : vérifiez par vous-même
La réglementation évolue, et nous préférons que vous puissiez contrôler chaque information plutôt que de nous croire sur parole. Voici l’intégralité des textes cités dans cet article, sur les sites officiels de l’État :
| Texte | Ce qu’il prévoit |
|---|---|
| Service Public — fiche F107 | Missions, pouvoirs et limites de l’inspection du travail |
| Code du travail, art. R4228-7 | Lavabos : 1 pour 10 travailleurs, eau potable à température réglable |
| Code du travail, art. R4228-10 | Nombre de cabinets d’aisance et séparation du personnel mixte |
| Code du travail, art. R4228-11 | Interdiction de communication directe avec les locaux de travail |
| Code du travail, art. R4228-13 | Nettoyage et désinfection quotidiens des sanitaires |
| Code du travail, art. R4228-19 | Interdiction de prendre ses repas dans les locaux de travail |
| Code du travail, art. R4228-22 | Local de restauration équipé à partir de 50 salariés |
| Code du travail, art. R4228-23 | Emplacement pour se restaurer sous 50 salariés et dérogation encadrée |
| Code du travail, art. R4534-137 | Seules dérogations existantes : chantiers du bâtiment |
| Code du travail, art. L4721-4 | Mise en demeure préalable avant procès-verbal |
| INRS — Focus juridique sanitaires | Synthèse détaillée des obligations, y compris ERP et accessibilité |
| DRIEETS Île-de-France | Coordonnées de l’unité départementale dont dépend votre salon |
Vous avez vécu un contrôle dans votre salon ?
Ces retours concrets sont précieux pour toute la profession. Si vous souhaitez partager votre expérience — de façon anonyme si vous le préférez — écrivez-nous : nous compléterons cet article avec d’autres témoignages de gérants.
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Témoignage recueilli auprès d’une gérante de salon de coiffure cliente de FRANCE COIFFURE, publié avec son accord et de façon anonyme. Sources réglementaires : Service Public — Quand faire appel à l’inspection du travail ? (mise à jour du 19 juin 2026) ; Code du travail, articles R4228-7, R4228-10, R4228-13, R4228-19, R4228-22 et R4228-23 ; L4721-4 (mise en demeure préalable) ; INRS — Toilettes : quelles obligations pour l’employeur ? Cet article relate une expérience vécue et ne constitue pas un conseil juridique.


