De plus en plus de salons de coiffure louent un ou plusieurs fauteuils à des coiffeurs indépendants. Pour le salon, c’est une recette régulière qui tombe sans masse salariale. Pour le coiffeur, c’est la possibilité de travailler à son compte sans investir dans un local. Sur le papier, tout le monde y gagne.
Dans les faits, la location de fauteuil est l’un des montages les plus fragiles de la profession. Elle ne repose sur aucun statut juridique propre : ce n’est ni un bail commercial, ni un contrat de travail, ni un cadre défini par la convention collective de la coiffure. Tout tient au contrat signé et, surtout, à la réalité de ce qui se passe dans le salon. Un contrôle URSSAF ou un passage devant le conseil de prud’hommes peut transformer une location en contrat de travail, avec rappel de cotisations sur trois ans à la clé.
Voici ce qu’il faut vérifier avant de signer, côté salon comme côté locataire : la qualification exigée, la nature du contrat, le montant et la forme du loyer, la gestion de la caisse, celle des produits, et les signaux qui font basculer le montage.

Les 3 conditions d’une location de fauteuil légale
Un fauteuil loué dans un salon de coiffure n’est ni un emploi déguisé, ni un bail commercial. Trois conditions doivent être réunies avant la première cliente.
La qualification
Le locataire exerce en salon pour son propre compte : il doit détenir lui-même le BP ou le BM de coiffure, ou un titre de niveau supérieur.
Le contrat écrit
Mise à disposition de moyens, durée, redevance, sortie, clientèle : écrit, signé, et détaché du statut des baux commerciaux.
L’indépendance réelle
Ses tarifs, ses horaires, sa caisse, sa clientèle. Sans cela, le contrat se requalifie en contrat de travail.
La location de fauteuil, c’est quoi exactement ?
Un salon met à disposition d’un coiffeur indépendant un poste de travail — fauteuil, miroir, accès au bac, eau, électricité, parfois le linge et le wifi — en échange d’une redevance. Le coiffeur exerce pour son propre compte : il a son numéro SIRET, sa clientèle, ses tarifs, sa facturation et sa propre responsabilité.
Ce n’est donc pas un statut, c’est un mode d’occupation. Le locataire reste un chef d’entreprise à part entière : micro-entrepreneur, entreprise individuelle ou société. Le salon, lui, reste un prestataire qui loue des moyens — pas un employeur, pas un donneur d’ordre.
Cette nuance paraît théorique. Elle est en réalité le cœur du sujet : tout ce qui, dans le quotidien du salon, ressemble à une relation employeur-salarié fragilise le montage.
Le locataire doit-il avoir un brevet professionnel ?
C’est le point le plus souvent négligé, et c’est pourtant le premier à vérifier. Oui : le coiffeur qui loue un fauteuil doit détenir lui-même le brevet professionnel (BP) ou le brevet de maîtrise (BM) de coiffure.
La coiffure fait partie des activités à qualification obligatoire. Depuis la recodification entrée en vigueur le 1er juillet 2023, la règle figure à l’article L. 121-1 du Code de l’artisanat : l’activité « ne peut être exercée que par une personne qualifiée professionnellement ou sous le contrôle effectif et permanent de celle-ci ». L’article R. 121-2 précise le niveau exigé pour la coiffure : brevet professionnel, brevet de maîtrise, ou un diplôme ou titre de niveau égal ou supérieur enregistré au RNCP.
Le CAP seul ne suffit pas pour exercer en salon. Il permet d’exercer la coiffure à domicile, pas de tenir un poste en salon pour son propre compte. C’est une distinction que beaucoup de candidats à la location ignorent.
Pourquoi le « contrôle effectif et permanent » ne sauve pas le montage
On entend souvent l’argument suivant : « le salon a un gérant diplômé, donc le locataire peut exercer sous son contrôle ». C’est exactement le piège.
Le contrôle effectif et permanent suppose une autorité : quelqu’un qui encadre, surveille, corrige le travail. Or le locataire est censé être indépendant, sans lien de subordination avec le salon. Les deux ne peuvent pas coexister. Si le salon exerce réellement ce contrôle, il exerce une autorité — et c’est précisément le premier critère du contrat de travail. S’il ne l’exerce pas, le locataire non diplômé travaille en dehors des conditions légales de qualification.
Conclusion pratique : un candidat qui n’a ni BP, ni BM, ni titre de niveau supérieur n’a pas sa place derrière un fauteuil loué. Avant de signer, demandez la copie du diplôme et l’extrait d’immatriculation (RNE, ex-répertoire des métiers). Pas de brevet professionnel, pas de fauteuil.
Quel contrat signer ?
Aucun texte ne définit le « contrat de location de fauteuil ». Dans la pratique, il s’agit d’un contrat de mise à disposition de moyens, ou d’une convention d’occupation précaire, souvent qualifié de contrat de prestation de services. Il doit impérativement être écrit — un accord verbal ne protège personne, et surtout pas le salon.
Deux écueils sont à éviter absolument.
Le glissement vers le bail commercial. Si le contrat confère au coiffeur la jouissance privative d’un local déterminé pour y exploiter son fonds, il peut revendiquer le statut des baux commerciaux — donc le droit au renouvellement et, le cas échéant, une indemnité d’éviction. Le contrat doit donc écarter expressément ce statut et décrire une mise à disposition de moyens partagés, sans local privatif, avec une durée courte et renouvelable.
La sous-location non autorisée. Si le salon est lui-même locataire de son local, l’article L. 145-31 du Code de commerce interdit toute sous-location sauf autorisation du bailleur. Selon la rédaction retenue, une location de fauteuil peut être analysée comme une sous-location déguisée et donner au propriétaire un motif de résiliation. Relisez votre bail avant de commercialiser un fauteuil, et faites valider le contrat par un avocat : c’est quelques centaines d’euros contre un risque qui porte sur le fonds lui-même.
Les clauses à ne pas oublier
- Identification complète des deux parties : SIRET, forme juridique, assurances, qualification du locataire.
- Objet et moyens mis à disposition : poste de coiffage, accès au bac, eau, électricité, chauffage, wifi, vestiaire, stockage, linge — la liste doit être exhaustive.
- Redevance : montant HT, TVA, périodicité, mode de paiement, conditions de révision, charges éventuelles refacturées.
- Durée, préavis et sortie : date de début, durée, délai de préavis de part et d’autre, conditions de rupture anticipée.
- Autonomie du locataire : il fixe ses tarifs, ses horaires, prend ses rendez-vous, facture et encaisse lui-même.
- Clientèle : elle appartient au locataire et le suit en cas de départ. À préciser noir sur blanc pour éviter le contentieux.
- Non-concurrence et confidentialité : à manier avec prudence, une clause trop large est un indice de subordination.
- Assurances : responsabilité civile professionnelle du locataire, assurance du local et du mobilier côté salon, chacun transmettant son attestation à l’autre.
- Règles communes : hygiène, horaires d’ouverture du local, usage des parties communes, sécurité.
Qui apporte quoi dans un contrat de location de fauteuil ?
Tout ce qui n’est pas écrit finira en litige. La ligne de partage habituelle :
Le salon loueur
1. Le poste de coiffage, le bac et le miroir
2. L’eau, l’électricité, le chauffage, le wifi
3. L’entretien des locaux et des sanitaires
4. L’assurance du local et du mobilier
5. Le linge, si le contrat le prévoit
Le coiffeur locataire
1. Ses produits de coiffure et ses consommables
2. Son matériel : ciseaux, tondeuse, sèche-cheveux
3. Sa caisse et son terminal de paiement
4. Sa responsabilité civile professionnelle
5. Ses tarifs, sa communication, sa clientèle
Combien facturer un fauteuil ?
Les pratiques constatées en France en 2026 vont, selon la ville et les services inclus, d’environ 25 à 35 € HT la journée en province à 60 à 75 € la journée dans les grandes métropoles, soit des forfaits mensuels allant grossièrement de 400 à 900 € HT. Les espaces de coworking coiffure appliquent souvent des tarifs dégressifs selon l’engagement.
Ces montants ne veulent rien dire hors contexte : un fauteuil avec bac, linge, ménage, réception et vitrine n’a pas le même prix qu’un simple poste dans un salon calme. Calculez votre coût réel — loyer au mètre carré, énergie, consommables, temps d’accueil — avant de poser un chiffre.

Loyer fixe, pourcentage ou formule mixte ?
Les trois façons de facturer un fauteuil, et ce que chacune implique juridiquement.
Redevance fixe
Un montant à la journée, à la semaine ou au mois, connu d’avance. Le salon sécurise sa recette, le locataire pilote son prix de revient.
Le plus sûrPourcentage du CA
Le salon touche une part du chiffre d’affaires. Il doit alors connaître les encaissements du locataire — un indice d’intégration très regardé.
Risque élevéFixe + pourcentage
Fréquent sur le marché. Acceptable si la part variable reste accessoire et repose sur une déclaration, jamais sur la caisse du salon.
À encadrerLoyer fixe, pourcentage du chiffre d’affaires, ou les deux ?
Le loyer fixe est de loin le plus sûr. Le salon connaît sa recette, le locataire connaît son coût, et personne n’a besoin de regarder la caisse de l’autre.
Le pourcentage sur le chiffre d’affaires est répandu, mais il est juridiquement risqué. Pour l’appliquer, le salon doit connaître les encaissements du locataire, donc y avoir accès, donc s’immiscer dans son activité. En cas de contrôle, cette information circule comme un indice d’intégration à l’entreprise. Plusieurs redressements sont partis de là.
La formule mixte — un fixe modéré plus une part variable — se rencontre beaucoup sur le marché. Elle peut tenir à condition que la part variable reste accessoire, qu’elle repose sur une déclaration du locataire et non sur la caisse du salon, et que le contrat ne prévoie ni contrôle, ni objectif, ni sanction associés.
Côté fiscalité : la mise à disposition d’un local aménagé et de moyens d’exploitation est une prestation de services soumise à la TVA au taux normal de 20 %. Le salon facture donc la redevance en HT + TVA, et le locataire assujetti la récupère. Le locataire en franchise en base, lui, la supporte : intégrez-la dans son calcul de rentabilité. Notre calculateur de TVA pour salon de coiffure permet de passer du HT au TTC en deux secondes.
La caisse : qui encaisse quoi ?
C’est le point de contrôle le plus visible, et celui qu’un inspecteur regarde en premier. La règle est simple : le locataire encaisse lui-même ses clientes, sur son propre moyen de paiement, et leur remet sa propre note.
Si tout passe par la caisse du salon qui reverse ensuite au coiffeur, le montage ressemble à une rémunération. C’est l’un des indices les plus lourds de requalification.
Le locataire doit donc arriver avec son propre terminal. Ce n’est plus un obstacle : les terminaux mobiles autonomes et les applications de paiement sur smartphone se sont généralisés, avec une mise en service en quelques jours et une commission prélevée à la transaction, sans abonnement lourd. Le coiffeur peut aussi utiliser son propre logiciel de caisse et de prise de rendez-vous, ce qui lui permet de garder son fichier clients en partant.
Attention à la conformité du logiciel de caisse. L’article 286-I-3° bis du Code général des impôts impose à tout assujetti à la TVA qui enregistre les règlements de ses clients dans un logiciel ou système de caisse d’utiliser un outil satisfaisant aux conditions d’inaltérabilité, de sécurisation, de conservation et d’archivage. La loi de finances pour 2025 avait supprimé l’attestation de l’éditeur et rendu obligatoire le certificat d’un organisme accrédité ; l’article 125 de la loi de finances pour 2026 est revenu en arrière. Depuis le 21 février 2026, les deux modes de justification sont de nouveau acceptés : certificat d’organisme accrédité ou attestation individuelle de l’éditeur. Chacun, salon et locataire, doit pouvoir produire l’un des deux pour son propre système.
Sur le choix d’un logiciel, notre retour d’expérience sur la caisse d’un salon détaille les critères qui comptent vraiment et le point de conformité à vérifier avant de signer.
Les produits : qui les fournit ?
Sur le principe, le locataire exploite sa propre activité : il vient donc avec ses produits, ses consommables et son matériel. C’est aussi ce qui donne le plus de cohérence au montage — un indépendant qui choisit ses marques, fixe ses prix et assume ses marges ressemble à un indépendant.
Dans les faits, c’est négociable, et beaucoup de contrats prévoient une solution intermédiaire. Trois formules se rencontrent :
- Chacun ses produits. Le plus clair juridiquement, et le plus simple à gérer. Chaque professionnel a son rangement fermé.
- Produits fournis par le salon, refacturés. Le salon achète en volume et refacture au locataire, avec une marge ou au prix coûtant. À écrire dans le contrat, avec un mode de décompte simple (forfait mensuel, ou relevé par prestation).
- Produits inclus dans la redevance. Le loyer est plus élevé et couvre les consommables du bac. Pratique pour un locataire qui démarre, mais le salon perd la maîtrise de sa consommation.
Un point à ne pas oublier : la revente de produits aux clientes. Si le locataire vend ses propres produits, c’est son chiffre d’affaires et sa responsabilité. Si c’est le salon qui vend, le locataire ne doit pas être rémunéré à la commission sur ces ventes — là encore, cela ressemblerait à un intéressement salarial.
Les deux produits que le locataire doit avoir dès le premier jour
Avant la coloration, avant le lissage : un shampoing et un soin à soi. C’est le socle de toute prestation au bac, et le premier poste à maîtriser quand on travaille sans stock du salon. Commande sans minimum, aux tarifs professionnels.
Shampoing cheveux colorés
Formule douce qui respecte la fibre colorée et prolonge la tenue de la couleur entre deux rendez-vous. La base d’un bac propre, quelle que soit la prestation qui suit.
Voir le produitMasque au collagène
Le soin à proposer en complément d’une couleur ou d’un lissage : une prestation courte, facturable, qui augmente le panier moyen sans allonger le rendez-vous.
Voir le produitProduits réservés aux professionnels de la coiffure. Une preuve d’activité peut être demandée avant expédition.
TVA, cotisations et seuils : ce que le locataire doit anticiper
Le coiffeur qui loue un fauteuil est un entrepreneur. Quelques repères chiffrés pour 2026, à vérifier avec son expert-comptable :
- Franchise en base de TVA (prestations de services) : seuil de base 37 500 €, seuil majoré 41 250 €. Au-delà du seuil majoré, la TVA s’applique immédiatement.
- Régime micro (prestations de services et professions libérales) : plafond de 83 600 € pour la période 2026-2028.
- Cotisations sociales en micro-entreprise : elles se calculent sur le chiffre d’affaires encaissé, pas sur le bénéfice. La redevance du fauteuil ne réduit donc pas l’assiette des cotisations. C’est l’erreur de calcul la plus fréquente chez les coiffeurs qui se lancent.
Concrètement : un locataire qui paie 600 € HT de fauteuil par mois doit dégager ce montant avant de se payer, et ses cotisations porteront sur la totalité de ce qu’il encaisse. D’où l’intérêt de construire son offre autour de prestations techniques à forte valeur plutôt que sur le volume de coupes.
Lissage LISS2
Quand on paie son poste à la journée, ce sont les prestations techniques qui font la différence. Un lissage se facture plusieurs fois le prix d’une coupe, occupe un créneau prévisible et ramène la cliente pour l’entretien. C’est la prestation qui couvre la redevance d’une semaine en un rendez-vous.
Assurances, hygiène et affichage
Assurance. Le contrat multirisque du salon ne couvre pas l’activité d’un tiers indépendant. Le locataire doit souscrire sa propre responsabilité civile professionnelle et en remettre l’attestation au salon, qui la renouvelle chaque année. Chacun a intérêt à communiquer le contrat de location à son assureur : une brûlure chimique ou une coloration ratée trouvera toujours quelqu’un à qui s’adresser, et mieux vaut que la réponse soit écrite à l’avance.
Affichage des prix. L’arrêté du 27 mars 1987 relatif à la publicité des tarifs de coiffure impose un affichage visible des prix TTC, à l’extérieur et à l’intérieur de l’établissement. Si le locataire pratique ses propres tarifs — et il le doit — ils doivent apparaître de façon distincte de ceux du salon, avec l’identification du professionnel. Un affichage unique pour tout le monde est un indice supplémentaire d’intégration.
Hygiène et sécurité. Le salon reste responsable de l’état des locaux, de l’eau chaude, de l’électricité et des sanitaires. Le locataire répond de son matériel, de la désinfection de ses outils et de ses déchets. À répartir explicitement dans le contrat, avec les règles communes de nettoyage.
Données clients. Chacun gère son propre fichier. Le locataire ne doit pas utiliser le fichier du salon, et réciproquement : au-delà du RGPD, c’est ce qui rend crédible l’idée que chacun a sa clientèle.
Le vrai risque : la requalification en contrat de travail
L’article L. 8221-6 du Code du travail pose une présomption de non-salariat pour les personnes régulièrement immatriculées. C’est une bonne nouvelle pour le salon : l’administration doit prouver le contraire. Mais cette présomption est simple, pas irréfragable : elle tombe dès qu’il est établi que la personne travaille « dans des conditions qui la placent dans un lien de subordination juridique permanente » à l’égard du donneur d’ordre.
Le juge et l’URSSAF ne lisent pas le contrat, ils regardent la réalité du fonctionnement.
7 signaux qui font requalifier une location en contrat de travail
Ce que coûte une requalification
Les conséquences se cumulent, et elles sont lourdes :
- Redressement URSSAF sur les cotisations sociales éludées, avec majorations, sur toute la période contrôlée.
- Perte des exonérations et réintégration des sommes versées dans l’assiette des cotisations.
- Indemnité forfaitaire équivalente à six mois de salaire au profit du travailleur requalifié (article L. 8223-1 du Code du travail), en plus des rappels de salaire, congés payés et indemnités de rupture.
- Sanctions pénales pour travail dissimulé : jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende pour une personne physique, 225 000 € pour une personne morale (articles L. 8224-1 et L. 8224-5), avec des peines complémentaires possibles — interdiction d’exercer, exclusion des marchés publics, fermeture de l’établissement.
Ces contrôles ne sont pas théoriques. Le témoignage d’une gérante de salon sur un contrôle de l’inspection du travail montre le déroulé concret d’une visite et les documents réclamés. Si vous louez un fauteuil, ajoutez à cette checklist le contrat signé, le diplôme du locataire, son attestation d’assurance et ses justificatifs d’immatriculation.
Location de fauteuil ou embauche : comment trancher ?
La question mérite d’être posée franchement, parce que beaucoup de salons se tournent vers la location pour de mauvaises raisons.
Si vous avez besoin de quelqu’un qui travaille aux horaires du salon, avec vos tarifs, sur vos clientes et sous votre méthode, vous avez besoin d’un salarié. Le coût est plus élevé, mais il est prévisible et sans risque juridique. Notre grille des salaires de la coiffure en 2026 donne les minima par niveau et échelon.
Si vous avez un poste libre et que vous cherchez une recette complémentaire sans piloter l’activité de la personne qui l’occupe, la location de fauteuil est faite pour ça — à condition d’accepter réellement de ne pas décider à sa place.
La checklist avant de signer
Côté salon
- Vérifier son bail commercial : la sous-location ou la mise à disposition est-elle autorisée ?
- Demander le diplôme (BP, BM ou titre supérieur), l’extrait d’immatriculation et l’attestation de RC professionnelle.
- Faire rédiger ou relire le contrat par un avocat, en écartant expressément le statut des baux commerciaux.
- Prévoir un loyer fixe plutôt qu’un pourcentage, ou encadrer strictement la part variable.
- Ne jamais encaisser à la place du locataire.
- Ne pas fixer ses tarifs, ses horaires, ni répartir ses rendez-vous.
- Prévenir son assureur et lui transmettre le contrat.
Côté locataire
- S’immatriculer et choisir son régime en connaissance de cause (attention à l’assiette des cotisations en micro).
- Souscrire une RC professionnelle couvrant son activité dans un local tiers.
- S’équiper : terminal de paiement, logiciel de caisse conforme, agenda et fichier clients à soi.
- Calculer son seuil de rentabilité en intégrant la redevance, la TVA si elle n’est pas récupérable et les produits.
- Faire lister précisément ce qui est inclus dans le loyer.
- Vérifier ce qu’il advient de la clientèle et des rendez-vous en cas de départ.
- Ne pas se lancer en comptant sur la clientèle du salon : elle ne se transfère pas.
Questions fréquentes
Un coiffeur avec seulement un CAP peut-il louer un fauteuil ?
Non. Le Code de l’artisanat exige le brevet professionnel, le brevet de maîtrise ou un titre de niveau supérieur pour exercer la coiffure en salon. Le CAP permet la coiffure à domicile uniquement : il n’autorise pas à tenir un poste en salon pour son propre compte. Un candidat qui n’a que le CAP ne peut donc pas louer un fauteuil.
Peut-on demander un loyer fixe plus un pourcentage du chiffre d’affaires ?
C’est possible et pratiqué, mais risqué. La part variable doit rester accessoire, reposer sur une déclaration du locataire et non sur un accès à sa caisse, et ne s’accompagner d’aucun objectif ni contrôle. Un loyer entièrement fixe reste la formule la plus solide.
Le locataire doit-il venir avec son propre terminal de paiement ?
Oui. Il doit encaisser lui-même ses clientes et émettre ses propres notes. Les terminaux mobiles et les applications de paiement sur smartphone rendent cette contrainte très légère aujourd’hui. Son logiciel de caisse doit par ailleurs être conforme à l’article 286-I-3° bis du CGI, justifié par un certificat d’organisme accrédité ou une attestation de l’éditeur.
La redevance est-elle soumise à la TVA ?
Oui. La mise à disposition d’un local aménagé et de moyens d’exploitation est une prestation de services soumise au taux normal de 20 %.
Le locataire peut-il utiliser les produits du salon ?
C’est négociable. Le plus clair reste que chacun ait ses produits. Si le salon fournit, il doit refacturer ou intégrer le coût dans la redevance, et le contrat doit le prévoir. Une fourniture gratuite et illimitée ressemble à un avantage en nature, donc à un salaire déguisé.
Qui garde la clientèle si le locataire s’en va ?
Le locataire, puisqu’elle est à lui. C’est la contrepartie logique de son indépendance, et ce doit être écrit dans le contrat. Une clause qui retiendrait la clientèle au salon contredirait tout le montage.
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L’entretien après-couleur, à faire au bac et à revendre à la cliente : la ligne de marge la plus facile à installer.
VoirProduits réservés aux professionnels de la coiffure. Une preuve d’activité peut être demandée avant expédition.
En résumé
La location de fauteuil fonctionne très bien quand elle est ce qu’elle prétend être : un salon qui loue des moyens à un professionnel diplômé, autonome et assuré, qui encaisse lui-même et travaille avec ses produits. Elle devient dangereuse dès qu’elle sert à déguiser un emploi.
Trois réflexes suffisent à sécuriser l’essentiel : exiger le diplôme, faire écrire le contrat par un professionnel du droit, et laisser réellement le locataire piloter son activité. Le reste — le montant du loyer, la question des produits, l’organisation du bac — se négocie.
Pour aller plus loin sur l’équipement et l’approvisionnement d’un poste de travail, voyez nos 5 fournisseurs indispensables pour un salon de coiffure et notre guide sur les produits qu’utilisent les coiffeurs professionnels.
Les textes et les sources officielles
Tous les points de droit cités dans cet article renvoient à des textes consultables librement. Voici les références exactes, à jour à la date de publication.
- Code de l’artisanat, article L. 121-1 — les activités soumises à qualification professionnelle, dont la coiffure
- Code de l’artisanat, article R. 121-2 — le brevet professionnel ou le brevet de maîtrise exigé pour la coiffure
- Code du travail, article L. 8221-6 — la présomption de non-salariat et sa remise en cause par le lien de subordination
- Code du travail, article L. 8224-1 — les sanctions pénales du travail dissimulé
- Code du travail, article L. 8223-1 — l’indemnité forfaitaire de six mois de salaire
- Code de commerce, article L. 145-31 — l’interdiction de sous-louer sans l’accord du bailleur
- Arrêté du 27 mars 1987 relatif à la publicité des tarifs de coiffure — l’affichage obligatoire des prix
- Le travail dissimulé — ministère du Travail
- Qu’est-ce que le travail dissimulé ? — URSSAF
- Logiciels et systèmes de caisse : obligation de l’article 286-I-3° bis du CGI — BOFiP, impots.gouv.fr
- Protection sociale du commerçant et de l’artisan — entreprendre.service-public.fr
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un conseil juridique personnalisé. Les textes cités (Code de l’artisanat, Code du travail, Code de commerce, CGI) sont ceux en vigueur à la date de publication. Faites relire votre contrat par un avocat et validez votre situation fiscale et sociale avec votre expert-comptable.


